Spring break portoricain


Adios Puerto Rico, adios paradiso, me revoilà au même point, assise dans la crasse du terminal des bus de New-York, attendant patiemment mon retour dans le Connecticut. J’ai revêtu mon éternel pantalon de velours, mes couches de pull et mon manteau, et je vous le confirme, on se les GELE. Difficile de garder les yeux ouverts, la nuit a été rude : arrivée à l’aéroport de San Juan (Puerto Rico) à 23h30, innombrables files d’attentes dont la première m’a volé les deux mangues dont je me délectais par avance, l’attente interminable pour l’avion supposé partir à 2h du matin puis retardé d’une heure, la course effrénée à 5h30 à travers l’aéroport d’Orlando (Floride) pour attraper la correspondance en dix minutes, l’arrivée à New-York à 8h30, les retrouvailles avec le froid. Mais tout va bien, j’attends le bus, je serai bientôt de retour à ma maison.

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Les gringas ! De gauche à droite, moi-même, Claire (Boston), Héléna (New-York), Manon (Boston), Morgane (New-York). Ne manquent que Bilal et Ania, les poteaux qui ont partagé la plupart du périple mais dormaient dans un autre hôtel.

Je rapporte de ce séjour un teint coloré, de gros cernes, des jambes couvertes de grosses piqûres rouges et purulentes ne laissant pas vierges deux cm² et me donnant un petit air de pestiférée, du soleil plein les yeux, le délice des fruits des îles blotti au creux de l’estomac, le souvenir du sable chaud coulant entre mes orteils. Une petite semaine au paradis.

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Puerto Rico, c’est d’abord une merveille climatique. Il faut imaginer les plages de sable fin s’étendant à perte de vue, léchées par une eau turquoise et transparente, ornée des palmiers offrant un peu d’ombre aux touristes desséchés. Le soleil rayonne pratiquement tous les jours, parfois brièvement entrecoupé de petites ondées, juste ce qu’il faut pour faire survivre les plantes. Les fruits portoricains sont la nourriture des dieux et leur jus est plein des parfums les plus chauds, les plus tendres, les plus raffinés. La forme des arbres diffère de nos arbres du nord ; comme celui-ci, le gros tronc aux racines proéminentes et dont les petites feuilles vertes jouxtent des cascades de longs fils bruns qui lui donnent presque un petit air de saule pleureur du soleil. Souvent leurs fleurs éblouissent l’œil de couleurs chatoyantes. En un mot, le paysage de Puerto Rico est généreux; il donne, donne, sans restriction aucune, et c’est à toi, à moi, à nous, de le saisir à pleine bouche et de l’embrasser jusqu’à tomber dans l’ivresse la plus folle et le sommeil le plus profond.

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L’arbre.

Un paradis complet ne seraient-ce les innombrables variétés d’insectes voraces et sans pitié qui nous ont littéralement dévorées. Je vous épargne la photo de l’arrière de mes cuisses, la description que j’en fais plus haut doit vous donner une idée assez sordide de leur aspect, je tiens à préserver vos yeux. Je ne ferai qu’une précision en ajoutant qu’en plus d’être présentes en quantité, la qualité de leurs piqûres ne saurait être questionnée. La nuit suivant l’orgie à laquelle ils se sont prêtés sur mes jambes, j’ai dû dormir deux heures, constamment réveillée par la douleur et les démangeaisons qui me faisaient systématiquement finir dans la douche à asperger mes jambes d’eau la plus froide possible pour en calmer le feu. Les moustiques, c’est LA saloperie de Puerto Rico : le climat très humide de l’île leur convient à merveille. A moins, un peu moins, je dois l’avouer. J’ai eu du mal à m’adapter à la moiteur de l’air souvent très lourd, qui charge immanquablement les habits et les draps d’une odeur de moisi et fait coller la peau ; l’impression fréquente que l’orage menace, et finalement il n’arrive jamais, le vent porteur de sel qui vient ronger les visages.

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Le camp de base était à San Juan, la capitale de l’île. On a loué une chambre à cinq lits dans un mélange d’hôtel / auberge de jeunesse / bed and breakfast, le « Pop Art hôtel », tenu par quatre jeunes qui le transforment aussi en galerie d’art en y exposant leurs œuvres. Des gens d’une gentillesse extrême, comme la plupart des gens de l’île. Ils nous accueillent en anglais, notre espagnol étant plutôt pauvre, mais alternent les langues avec ravissement quand ils entendent Claire, l’amie de Boston, remonter le niveau. L’espagnol, c’est ma plus grande frustration. Même si je comprenais suffisamment pour pouvoir me débrouiller, il m’était impossible de répondre et ça, c’est dur. Je me suis contentée d’écouter leur accent très doux, gommant toutes les lettres agressives de l’espagnol madrilène, et d’en savourer les mélodies. Principalement visitée par les touristes américains (beaucoup de Spring Breakers à cette période de l’année), Puerto Rico parle généralement l’anglais sans difficulté, surtout dans les classes les plus aisées de l’île. Mais l’antipathie vis-à-vis des « gringos » se fait sentir partout, et les regards méprisants se posent fréquemment sur nos peaux laiteuses. Ici, on fait guère la différence entre les nationalités : on a très vite compris que toutes françaises qu’on n’était, on restait une bande de gringas comme les autres.

Le vieux San Juan est une partie aisée de l’île. Les ruelles serpentent dans un périmètre assez restreint allant du port aux milles marchands au fort du Moro, l’édifice le plus ancien de tout Puerto Rico. L’on marche sur des pavés entre des maisons mitoyennes aux couleurs vives et brillantes. Des milliers de chats se logent entre les voitures ou le long des trottoirs, cherchant la fraîcheur ; j’ai même trouvé dans une librairie un livre de photo qui leur était dédié. C’est aussi gorgé d’iguanes ! Ma copine Morgane en avait d’ailleurs une peur panique, bien qu’ils n’aient pas l’air bien agressifs ; ils sont plutôt rigolos en fait.

L’architecture de la ville est typiquement latine. Si on lève les yeux on aperçoit les plantes grimpantes embrasser les barreaux des balcons ensoleillés. Fenêtres et portes sont ouvertes. La vie n’a pas de frontière entre les rues torrides et les intérieurs glacés par la clim. Le soir, la musique sort de toutes les maisons. La danse est un don que le portoricain reçoit à la naissance et qu’il prend plaisir à faire partager au touriste aussi à l’aise qu’un poteau électrique. Le vieux centre est peuplé de touristes, principalement des américains (dont la couleur passe du blanc le plus clair au rouge le plus vif) qui viennent profiter de la chaleur insulaire. La misère se voit peu : le centre, très cher, est plutôt réservé aux vacanciers et aux classes supérieures du pays.

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Surprisiiiiise !

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Mais si l’on s’éloigne un peu du vieux centre, la population change de visage. J’ai été frappée par la très visible pauvreté socio-culturelle des habitants de l’île dès notre première visite à la plage de l’Escabron, à quelques minutes de bus. Contrairement à notre petite plage du bas du vieux San Juan, sauvage, magnifique, mais malheureusement difficilement baignable à cause des courants trop violents, Escabron est le stéréotype de la plage à succès, autrement dit, la plage aux beaufs. Quelques « gringos » mais surtout des natifs, en très large majorité des jeunes, gras, bruyants et tous munis de leur sac de chips. Le reste du décor de la plage va avec : une radio diffuse en boucle les même tubes – même rythmes, mêmes voix androgynes et léchées – et l’odeur de graisse du barbecue un peu plus loin remonte dans mes narines. Chaque baigneur bénéficie d’un à deux mètres carrés d’espace maximum, et offre sa graisse au soleil brûlant. Je n’ai d’ailleurs jamais vu une si grande concentration de fast-foods sur un si petit espace. La malbouffe est partout et fait de terribles dégâts. Même les plus minces des habitants sont flasques et mous, et ce dès l’enfance. Les petites filles promènent leurs bourrelets entre les jambes de leurs mères adolescentes. C’est un autre fait marquant de l’île : ici on enfante alors qu’on tète encore le sein de sa propre mère. Il ne se passe pas un jour sans que je croise une très jeune fille le ventre gonflé, il semble que le premier enfant arrive vers seize ans. La dernière nuit de notre séjour, j’ai dormi avec mes copines de Boston (Manon et Claire) chez un couchsurfer dont la copine avait déjà un enfant et ne devait pas avoir plus de 18 ans. Je ne sais pas s’il s’agit d’accidents à répétition ou d’un facteur culturel qui veut que les mères soient plus jeunes qu’en Occident.

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Peut-être aussi est-ce dû au poids de la religion. Comme de nombreux pays d’Amérique du Sud, Puerto Rico porte les stigmates d’un catholicisme virulent. Les villes sont marquées d’insignes religieux, petites croix au-dessus des bars, discrètes madones cachées au coin des rues, innombrables chapelets et bibelots religieux dans les boutiques de souvenirs… Nous avons d’ailleurs tenu à assister à une messe le premier dimanche de notre séjour. Officiant dans une jolie église blanche et neuve surplombant une petite place animée, le prêtre m’a rappelé violemment les fougueux prédicateurs médiévaux de ma première année de Sorbonne. Il se bat avec le bruit des ventilateurs qui vrombissent tous les trois rangs, les problèmes de micros qui rendent son discours presque inaudible, mais il rage, rugit, souffle, muffle, sue, s’exclame, s’esclaffe, engueule, hurle son amour de Dieu et prie même pour la résurrection de Chavez (si, si). J’avoue, la majorité du discours m’échappe, et je suis reconnaissante à Claire pour me traduire les parties obscures (du moins celles qui traversent les caprices du micro). Pas de délice musical en revanche. Les chants sont basiques et l’assemblée murmure aussi faux qu’en Europe. Pendant la communion, mon attention décroche un peu et mon regard se pose sur ma feuille de chant. Quelle n’est alors pas ma surprise de découvrir que le dos de la feuille est couvert de publicités !On y vante tel restaurant, telle esthéticienne, et même pour des sites de rencontres entre chrétiens. Toutes les occasions sont bonnes…

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Nous avons décidé de ne pas rester uniquement à San Juan et nous avons loué une voiture à sept pour aller se balader sur l’île pendant deux jours. Le mardi était destiné à aller voir les célèbres grottes de Camuy, puis à visiter la ville de Ponce. Malheureusement personne ne nous avait dit que le mardi est jour de flemme à Puerto Rico, et on n’a trouvé que porte close et ville fantôme. On a donc fini par passer la journée dans la voiture à traverser l’île, ce qui en soit était presque aussi agréable. La végétation typique des climats tropicaux, l’exubérance partout, les couleurs éclatantes ; un tour à l’intérieur de paysages bien plus sauvages, quelques marchands de fruits frais ambulants et des maisons pauvres. La campagne profonde jouxtant des petites villes minables. On a aussi brûlé nous yeux de la beauté du coucher de soleil sur la plage, ultime bonheur avant la tombée de l’ombre.

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Le mercredi, c’était réveil à 6h15, direction la petite île de Viequés où l’on arrive finalement en fin de matinée sous un soleil de plomb (après la frayeur du matin lorsque Bilal s’est pris une amende et qu’on a cru rater le ferry). Le voyage valait définitivement le coup, ne serait-ce que pour la découverte de ces paysages paradisiaques ; de cette petite plage que nous avons dénichée, sans autre âme que la nôtre, là où je me suis baignée dans l’eau tiède et limpide pendant que d’autres se reposaient sous l’ombre des cocotiers ; de ce bonhomme incongru qui nous a transporté d’un bout à l’autre de l’île, dans la remorque de son truck, la canette de bière à la main, la sueur perlant le long de ses rides noires, le sourire édenté mais infatigable ; du meilleur smoothie de ma vie savouré sous une tonnelle dont le souffle des ventilateurs venait sécher mon visage… Je me suis même fait des copains : deux petits chevaux qui glandaient dans la rue et qui ont décidé de se faire la malle avec nous pendant une heure ! Ô Caraïbes.

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Le soir, après nos journées de vagabondage, on s’asseyait souvent à la terrasse d’un café, sur un banc du port ou dans un restaurant si l’air conditionné ne nous décourageait pas, et on se régalait des spécialités. On s’est bien sûr délectés plusieurs fois du célèbre mofongo, sorte de gâteau de purée à base de banane plantain, de pomme de terre, d’ail et de peau de porc, mais aussi des délices frits à la viande ou aux légumes, sans parler des fruits et des boissons ambroisiaques. Souvent les oiseaux de l’île venait nous tenir compagnie, notamment ce petit oiseau noir, un genre de mini-merle aux yeux jaunes dont on a beaucoup ri de la parade amoureuse, le voyant gonfler à outrance sa gorge et son ventre de jais.

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Puis c’était l’heure des dernières promenades, les verres nocturnes, les lectures. Je me souviendrai de ce dernier soir où, attendant que notre couchsurfer ait terminé son service, les bostoniennes et moi traînions dans ce bar où s’enivraient les touristes américains et les pépés juchées sur leurs échasses, et la conversation que j’ai eue avec Antonio, portoricain tout endreadé qui connaissait Brel, Dutronc et Noir désir et m’a confié toute la soirée son envie de visiter la France et d’apprendre notre langue… Incroyable.

Alors voilà. C’est la tête pleine de tous ces souvenirs que me voilà maintenant, assise dans le froid de la gare des bus. Mais je ne suis pas triste, je rentre à la maison. Et puis, il sera très vite temps de préparer les prochaines vacances… Je vous laisse quelques photos supplémentaires pour le plaisir des yeux :

Les délectations climatiques :

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Sur notre petite plage privée à San Juan :

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Avec Héléna :

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Le vieux bougon de la place :

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Les rues de San Juan :

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Camille se prélasse dans le patio de l’hôtel :

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Un petit somme dans la rue :

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Le petit mignon :

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Le moro, en haut de San Juan, renommé l’esplanade aux cerfs-volants, un endroit magnifique où le vent protège de la chaleur terrible :

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Viéques, l’île aux merveilles :

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IMG_9111 L'EAU TRANSPARENTE

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IMG_9118 LA MEUF PAUMEE

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Les deux copains :

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De retour à San Juan. Les trois grâces :

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Au frais près de la fontaine :

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Le chat tout rond :

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Les bostoniennes au flamboyant :

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Les derniers jours. Le papi tatoo (y’en a qui devraient arrêter le soleil) :

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La dernière plage :

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Le petit poisson venu nager avec moi :

IMG_9283LE POISSON JAUNE

Les sirènes :

IMG_9288 LES SIRENES

Les plaisirs culinaires. N°1, le mofongo (et Héléna et Manon qui bavent devant) :

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N°2 : la peau de porc grillée (pas tentée, j’avoue, mais c’est renommé) :

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N°3, les douceurs frites :

IMG_9292 LES PETITS DELICES

N°4 : Héléna qui me fait découvrir avec fierté les bananes flambées version Puerto Rico :

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N°5 : le jus de coco à même la noix, ultime plaisir du séjour (obligéééé) :

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Les news – flambée de cerveau et envolées lyriques

Le vingt-huitième jour de février, alors que je marchais sur le chemin de mon cours de ciné, un rayon de soleil a touché mon cou. Ça y est. L’hiver montre ses premiers signes de faiblesse – enfin ! Mais qui sait quand le printemps triomphera pour de vrai. Ici l’hiver est mesquin et à plus d’un tour dans son sac.

Qu’importe. Un rayon est venu caresser ma nuque. Le pape peut bien avoir démissionné, Sciencespo fait la révolution et Hollande serré la main de Poutine, le monde s’avance définitivement vers des temps meilleurs.

Ici, dans ma bulle, ça carbure au boulot. Le semestre touche à la fin de sa première moitié et les échéances s’accumulent.

La France s’est d’abord rappelée à moi de manière brutale avec l’urgence des inscriptions en master (et le bordel caractéristique de SciencesPo qui va avec). Retour à la réalité et rappel que mon temps ici est compté. J’ai donc fait le nécessaire et envoyé tout ce qu’ils voulaient pour ma candidature au master communication en anglais. Normalement ils le réservent aux non-Français, mais j’ai quand même tenté ma chance, ça me ferait kiffer de pas perdre tout mon vocabulaire en rentrant. Bien que non-sélectif, le master recquiert CV + lettre de motiv + entretien (à venir) avec le directeur de l’école. Je me suis creusé sévèrement la tête pour expliquer combien la communication était mon rêve d’avenir et que vraiment mon parcours entier était destiné à me faire atterrir à l’école de com’ de SciencesPo. Blablabla. Enfin. Au moins, tout est balancé, je n’ai plus qu’à attendre que les noix de coco tombent du cocotier.

En ce qui concerne ma vraie vie :

Côté dessin, je progresse à force d’heures à plancher sur mon papier. Julia nous avait promis du boulot, elle ne nous avait pas menti. C’est véritablement un job à plein temps. Les cours sont consacrés à des études sur un modèle nu, dont nous avons appris à tracer les courbes en une minute, puis 45 secondes, 30 secondes, 15 secondes – l’horreur – et la récompense de la longue pose, généralement de 15 à 30 minutes. Nous avons également travaillé sur des compositions d’objets variés pour préparer notre premier « gros » projet, autrement dit un travail à réaliser sur deux semaines avec un spot-check à mi-parcours. Une grande composition d’objets sur une GRANDE feuille de papier. Entendez, des jours et des jours de boulot ; et des anecdotes cocasses, comme l’invasion de ma chambre par des vers microscopiques qui avaient élu domicile sur une des branches que je dessinais (miam). Je vous passe les détails. J’ai enfin présenté le bébé hier, pendant la critique de mi-semestre, globalement contente du résultat. J’ai été très surprise des progrès réalisés par certains élèves et surtout par la spécificité de chacun. Sur un sujet aussi bateau et potentiellement chiant à mourir (la composition d’objets, boarf) chacun a réussi à vraiment imposer un style particulier. Hyper intéressant. Pour moi la critique s’est bien passée malgré les quelques faiblesses de mon dessin. Que le chemin est long vers la perfection…

Je vous laisse quelques photos de ma chambre-studio-jungle:

Le studio 2 Le studio de camille!! On y croit!!!

L’autre volet de mon taf c’est l’histoire du rock n’ roll & RNB, pour lequel on devait en groupe écrire une chanson. On s’y est mis de bonne heure: Mike, mon pote du groupe du premier semestre, a ramené trois de ses amis avec lesquels on a commencé les répétitions. Au départ déçue par leur idée que je trouvais assez pourrie (ils voulaient une chanson marrante, parodique des rappeurs contemporains, sur la vie nocturne de Wesleyan et le rituel du falafel post-soirée), je me suis finalement laissée convaincre, et rassurer par le niveau global du groupe, tous des musiciens hors pair.

Une fois la chanson écrite, on est partis enregistrer dans le studio mis à notre disposition par l’université, un peu plus bas dans Middletown, à Green Street. On arrive, on poireaute une demi-heure devant la salle dans le froid glacial en attendant qu’un serviteur vienne nous ouvrir (le producteur était en train de bosser en bas). Serpentant dans un labyrinthe qui nous conduit directement au sous-sol, on découvre la petite pièce aménagée en studio dernier cri sur lequel règne en maître John Bergeron, gros bonhomme jovial, producteur adulé par mon prof. On déballe. Sourire d’extase quand il entend mon accent. « A French girl! Wonderful! I’m French too you know! » Devant mon air interloqué (il parle quand même américain de manière vachement américaine) il ajoute : « I’m from New Orleans, Lousiana, France! » Ah oui, évidemment. « That’s why my name is John BEUWRGEUWRON!!!!!! » J’aurais du m’en douter…

Passées les civilités, on commence l’enregistrement. Qui se révèle être un enfer. Notre jour est évidemment celui que choisissent les ordinateurs pour planter ; sitôt une piste enregistrée, elle disparaît du logiciel. Bref, au lieu des deux heures qui nous étaient assignées, on y passe quatre heures, et la moitié de la chanson manque toujours. On a donc été obligés d’y retourner la semaine d’après.

A la fin de la session d’enregistrement, John me félicite pour ma performance (‘ai d’ailleurs jamais bien compris pourquoi, vu que la chanson n’était pas exactement une prouesse vocale – vous jugerez par vous-mêmes – mais bon). Toujours est-il qu’il me propose d’enregistrer certaines de ses chansons avec lui !!!!! Je serai donc de retour au studio juste après Spring Break pour enregistrer. Le pied.

L’étape d’après a été la réalisation de la vidéo. Ça c’était vraiment marrant. On y a passé du temps, c’est mon pote Alex (le rappeur) qui a pris les rênes avec l’aide ô combien louable d’un film major (Matt) qui a sacrifié un bon bout de temps pour nous aider à faire un film de nos conneries. Je vous laisse admirer le résultat ici :

Le bilan de l’expérience, c’est que :

  • oui, notre chanson est stupide,

  • elle tient quand même la route musicalement,

  • on a très honorablement rempli les critères d’évaluation,

  • on s’est vraiment marrés,

  • je me suis fait plein de poteaux,

  • ET la vidéo marche plutôt bien (3000 vues en 3 jours sur youtube).

Moralité, on remet ça pour le final.

La vie de la maison s’organise aussi autour du rythme des nouveaux colocs. On a du traiter un problème de vol de bouffe, le délinquant n’ayant pour autant jamais été identifié. En dehors de ça, c’est toujours les mêmes vieilles querelles de couples : les joies des colocs qui rentrent à 4h du mat complètement bourrés, claquant les talons et hurlant de rire, quand j’essaye désespérément de dormir en prévision de mon exam du lendemain, la vaisselle qui s’accumule, la messe hebdomadaire de mes colocs filles – entendez, les deux heures de salle de bain chaque vendredi et samedi soir… L’autre fois je rentre de cours trempée jusqu’aux os par une pluie dégueulasse et glaciale; je trouve mes deux colocs glandant en pyjama / couverture dans la cuisine. Victoria me lance: « Oh, you always dress so well! » J’étais habillée avec mon pull cradingue / pantalon badigeonné de fusain / bottes de neiges + délicates marques de boue. Les américains et le bon goût.

En dehors de ça, les projets. Je l’annonce : ils sont lumineux. Spring break arrive demain, et avec lui, enfin, la GLANDOUILLE!!!!!!! Première semaine chez Khari à Boston, et deuxième semaine direction LE SOLEIL : je pars à Porto Rico avec toute la bande des Sciencespotes en échange aux US. Une semaine à se dorer la pilule avant la (tristement) dernière ligne droite de mon année américaine.

Elle est pas belle la vie?