Winterbreak part 2 – Cap à l’Ouest – San Francisco

 Après ces trois heures de route sous la pluie, nous arrivons à San Francisco. Mes premières impressions de la ville sont celles d’une cité cossue, aux maisons colorées et extrêmement vallonnée. Je suis interpellée par ce détail d’architecture qui aligne dans une même rue des maisons de dimensions parfaitement similaires, mais chacune très différente de sa voisine, de couleur et de forme. Ça me rappelle les gâteaux dégueulasses dont les gens raffolaient quand j’étais en Angleterre (et que je retrouve ici), trop pleins de détails, trop pleins de crème, trop pleins de couleurs chimiques. Cf photo ci-dessous.

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Sans m’en rendre compte je me retrouve en moins de deux sur le mythique Golden Gate Bridge que je traverse toute excitée (OUI j’ai honte, mais ma première pensée, ç’a été le générique de Charmed). A nouveau le coucher du soleil m’émerveille. La Californie a les plus beaux soirs du monde.

Cette fois, le plan c’est de rester chez une amie de la mère de Khari, Wanda (ci-dessous). Avant de rejoindre sa maison nous poussons le trajet jusqu’à un bled paumé pour trouver un énième magasin discount VANS (Khari est à la recherche d’une paire de Vans ultra-spécifique et je crois qu’on a écrémé tous les magasins de Californie, je pensais pas que c’était très intéressant à souligner mais à ce point ça devient un élément clé du voyage – les garçons sont AUSSI superficiels que les filles en matière de look). Puis, enfin, on est repartis vers la maison de Wanda.

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La famille habite dans la maison de fonction jouxtant l’école de fille que Wanda dirige. En fait de maison, il s’agit plutôt d’un véritable palace de trois étages aux plafonds dignes de cathédrales. Les deux garçons de la famille, David et Jonathan, respectivement huit et cinq ans, disposent en plus de leur chambre d’un étage à eux tout seuls, dont la pièce principale (qui remplit l’espace d’environ trois pièces de la maison à Couchey) est remplie à ras-bord de jouets. Ils ne pourraient occuper leur vie d’un dixième de ces jeux.

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Dès notre arrivée, Wanda nous accueille d’un immense sourire. Elle nous invite à considérer sa maison comme la nôtre, et ce qui pour certains est une simple formule de politesse prend tout son sens dans sa bouche. Nous disposons de notre propre chambre (de la taille du salon de Boulogne) + salle de bain, nous avons libre accès à toute la nourriture de la maison (son frigo de deux mètres de haut sur un mètre de large et un mètre de fond pourrait nourrir une armée pendant un mois) – nous sommes les rois.

Wanda et Robert sont d’une générosité sans limite. Quarante dollars glissés ici et là pour « aller manger quelque part », cent-dix dollars dans la veste de Khari, à la fin du voyage, « pour nous pourvoir un peu d’argent de poche », etc, etc, etc. Vous l’aurez compris, l’argent n’est pas vraiment un des problèmes de la famille. Mais leur générosité s’étend aussi à l’intérêt qu’ils nous portent. Plusieurs soirs, nous nous épanchons en conversations du plus grand intérêt. Wanda est aussi passionnée de voyages, et très francophile (elle parle un excellent français) : elle me parle avec délice de Paris, dont elle apprécie la beauté, la finesse artistique, la culture. Leur savoir m’impressionne. Robert se révèle être un fan de Dumas (il a donné à son fils « Edmond » en second prénom en l’honneur du personnage du Comte de Monte-Cristo). Elle est diplômée de Columbia, il est passé par Stanford et Harvard. Des petits cerveaux, quoi.

Bien qu’aucun des époux ne se préoccupe des tâches ménagères, chaque mètre carré de la maison reluit. Wanda ne conduit pas, ne cuisine pas, ne fait ni la vaisselle, ni la lessive, ni le ménage. Elle ne fait pas les courses qu’elle commande en ligne et qui arrivent directement devant sa porte – courses qui ne servent qu’aux invités, car la famille commande généralement depuis les restaurants quand ils ont faim. Les enfants sont pris en charge par leur nounou / femme de ménage / membre de la famille qui comme une fée du logis s’occupe d’effacer tout désagrément de la maison. La joie de vivre semble être le mot d’ordre de la famille, qui profite de la vie sous tous ses aspects. Tous deux obèses, les parents ne se privent pour autant pas de repas fastueux (la présence de deux tapis de course intérieurs efface la culpabilité), de sorties et de livres. Ici, on voit les choses en grand. Et on parle fort, et on rit fort, et on embrasse fort.

Le samedi, c’est l’anniversaire du petit Jonathan qui fête ses cinq ans. On est tout naturellement invités à la « petite » fête (famille, nounou, + un seul ami et sa maman) précédant la grande (la chouille avec tous les petits poteaux). Le programme de la « petite » fête est un déjeuner dans un excellent resto chinois, autrement dit, deux heures à manger et parler entre adultes (idéal pour un enfant de cinq ans, n’est-ce pas?). Wanda commande deux plats pour chacun au cas où on manquerait, et bien sûr, c’est elle qui régale. Les enfants mangent trois cuillères de leur riz et commencent à trépigner. Jonathan est le roi. Tout le monde est aux petits soins, il se voit offrir une 1001ème paire de jeux de lego qu’il aura oublié dans quelques jours. Bref, c’est la teuf.

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Voilà pour la vie de famille. Pour ce qui est de la ville, San Francisco est définitivement celle dans laquelle je me verrais le mieux vivre. Bien plus agréable que Los Angeles. Tout est à moins de dix minutes en voiture, une demi-heure si le trajet implique de traverser le Golden Gate Bridge ; il est bien plus aisé de se garer car leur politique de transports en commun est beaucoup plus développée ; la ville est magnifique malgré ses immenses montées-descentes et donne un accès direct à l’océan… Bref, ne serait-ce le thermomètre qui reste très souvent dramatiquement bas, je me verrais assez bien migrer là-bas. On se promène longuement sur Fischerman wharf, un mini centre-ville construit autour du port où l’histoire des pêcheurs est racontée sous toutes ses formes : musées, animations pour les enfants, restaurants, boutiques de souvenirs… On y délecte des plaisirs simples et enfantins, comme ces énormes otaries qui se plaisent à flâner sur la jetée n°39 ou ces reconstitutions de bateaux anciens, perdus par les ans.

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On décide finalement de retourner voir les arbres rouges dans le parc naturel au nord du Golden Gate Bridge. Ces immenses troncs, multi-centenaires, dont le gigantisme empêche qu’on les photographie correctement. Une pancarte à l’entrée explique le découpage d’une tranche de tronc pour mesurer l’âge exact des arbres : celui-ci a été planté aux environs des années 950. Pauvre mortels que nous sommes…

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Un autre jour, on se perd au milieu de Japan Town où on nous vante les meilleurs sushis / mangas du pays. Les petites échoppes de vaisselle de porcelaine sont à tous les coins de rue (Maman, tu frétillerais comme un petit poisson), jouxtant les librairies et les vendeurs de babioles (et de produits des plus surprenants, cf photo ci-dessous).

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 Un soir, on participe à un délirant « Workshop – cuddling and intimacy », en bref un atelier de câlins. Mes copines françaises avaient à l’époque hébergé un couple de couchsurfers de San Francisco qu’elles avaient A-DO-RE, et je les avais du coup contacté au cas où on n’ait pas de maison dans notre voyage au nord. Même si, finalement, on n’a pas eu besoin d’habiter chez eux, j’étais toujours intéressée par l’idée de les rencontrer. Travis, le mec, m’invite donc à venir avec Khari à son workshop. N’ayant pas la moindre idée de ce qu’est un workshop, je me dis que ça va probablement consister à d’intéressantes discussions sur l’intimité, les relations aux autres et à soi-même, bref un truc potentiellement chouette. Khari, lui, n’est pas franchement emballé, mais comme il le dit lui-même, « au pire ça nous fera des histoires à raconter » ! On se pointe donc en début de soirée dans une petite rue sombre où se trouve l’endroit. Suivant les flèches griffonnées sur des feuilles de papier, on descend les escaliers vers le caveau où a lieu l’atelier. Travis nous accueille chaleureusement. Il est exactement la représentation que je m’en étais faite. Hippie des années 2000, cheveux longs, torse et pieds nu, sarouel noué autour de la taille, il fait des exercices physiques sur les tapis qui recouvrent le sol. On échange quelques mots en attendant les autres participants. La salle est aménagée avec des canapés, des tapis et des coussins genre indien-baba-cool, lumières tamisées et tout le toutim. Je croise plusieurs fois le regard plus que sceptique de Khari. Les gens arrivent, on s’assied en rond, on commence. Le groupe est composé de sept personnes : Travis, Khari et moi, deux filles wawash qui semblent très peu sûres d’elles, un tout petit bonhomme aux traits d’Asie centrale, et un espèce de dingo très propre sur lui, qui arrive en retard et s’assied comme un prince arrivant sur son trône, parlant tout le temps – déclamant des grandes phrases avec beaucoup de mots mais pas beaucoup d’intérêt. Mortel. Le workshop commence par une séance de méditation. C’est long et très ennuyeux. La deuxième étape est un « atelier » pendant lequel un « receveur » est censé rester allongé sur le sol pendant que le « donneur » est censé toucher le corps du receveur et observer les réactions, tout en essayant de créer un sentiment d’intimité avec ce dernier. Évidemment je me retrouve avec le dingo. Je vous explique pas le malaise. Bref, après le temps de « l’exploration » (par dessus mon manteau / écharpe / triple pull), vient le temps du bavardage. Les discussions qui s’en suivent son d’une immense platitude tournant autour de « il faut être plus ouvert aux autres avec son corps – faire des câlins c’est cool – réappropriez vous votre corps et apprenez à être intime avec vous-même – blablabla ». J’essaye de relever un peu le niveau, mais si Travis semble intéressé il est visiblement le seul. On retombe globalement dans le même tissus de généralités. Khari est de plus en plus agacé par l’ambiance post-hippie-légèrement-débilos. A la fin du workshop, je ne me sens pas spécialement plus à l’aise avec mon corps ou avec celui des autres que je n’étais en arrivant, je ne me sens pas de désir d’embrasser la terre entière ni de poursuivre avec fougue ces discussions sur comment retrouver une intimité avec moi-même. Mais bon, c’était rigolo. Avant de repartir on discute un peu avec Travis qui semble de loin le plus intelligent. Il se fait pas mal d’argent avec ses petits workshops, comme quoi la solitude des humains est encore ce qui les pousse à sortir leur porte-feuille. Je découvre aussi avec stupeur qu’il a définitivement renoncé au tee-shirt. Il passe sa vie entière torse nu. Hiver compris. J’en ai froid pour lui. Au moins, on aura des histoires à raconter.

Un autre jour, on explore également le golden gate park, notamment la tour donnant accès à une vue de la ville à 360°, puis le jardin japonais, puis l’espace des statues… On a malheureusement raté le conservatoire des fleurs mais le temps manquait… On ne peut pas tout voir. San Francisco, je reviendrai !…

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2 Commentaires (+ vous participez ?)

  1. le paternel
    Jan 21, 2013 @ 17:54:26

    très marrant, ton texte avec les photos
    avez-vous trouvé les vans ?
    faut-il que nous les cherchions en France pour ton superficiel boy friend ?
    kitch et colorées comme les maisons de San Francisco ?
    et les voitures ? des japonaises ? de la fantaisie et de la couleur ? des vieilles américaines ? ou des gros 4×4 comme à NYC ?
    tu n’as pas fait beaucoup de photos des rues de San francisco

    Réponse

  2. Ratoune
    Jan 22, 2013 @ 14:18:49

    Hahaha. Notre paternel est se dechaîne de questions. Je n’ajouterai qu’une seule chose.
    Honte de Charmed ?? Camille ?? Ne renie jamais ton enfance !!!!!!!!!!! 😛

    Réponse

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