ISO ending

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29 août, début d’après midi, le soleil tape sur Wesleyan. L’international student orientation (ISO) a pris fin hier soir dans une ambiance de fête, même si un peu nostalgie pousse dans mon ventre.

Ces trois jours, c’est ma première véritable expérience de la diversité, la vraie. Imaginez : 90 étudiants de tous les continents, Français, Kenyans, Bengali, Colombiens, Chinois, Tunisiens, Taïwanais, Sud-Africains, Jamaïcains, Allemands, Martiens et que sais-je encore, réunis pendant 3 jours dans un campus désert et ensoleillé, tous loin de chez eux, tous avides de se connaître et de partager quelque chose de dingue, liés par une langue nouvelle et par cette fantastique maison, ma maison, notre maison, Wesleyan University.

La facilité avec laquelle tous les étudiants s’abordent, loin des pincettes des français, est une chose formidable. Tu es tout seul pour manger ? Viens avec nous. Je ne te connais pas, mais je t’aime déjà. Les conversations tournent essentiellement autour de la différence culturelle, chacun partage son vécu et son point de vue. Et finalement, expérimenter une telle différence, c’est aussi réaliser à quel point on est tous pareils (cf le regard compatissant de mon pote camerounais quand le chinois regarde avec dépit son assiette douteuse d’omelette / bacon / patates / muffin du matin). C’est fun.

Même avec mon anglais approximatif, et malgré le brièveté de ce moment de communion internationale, j’ai appris des millions de choses sur des pays dont je ne connaissais rien, échangé avec tant de gens différents et uniques qu’il est difficile aujourd’hui d’accepter que je ne parlerai probablement plus à 90% d’entre eux d’ici une semaine ou deux. Je suis encore plus convaincue que la curiosité et de la soif de l’autre est le seul chemin vers la tolérance. Même la personne la plus éloignée de nous a quelque chose à nous apprendre.

Ce matin les voitures ont commencé à arriver sur le campus : c’est un énorme cliché. Que des grosses bagnoles brillantes – sans rire. Les freshmen débarquent pour leur nouvelle vie. Je sens un petit pincement au cœur en voyant tous ces jeunots envahir mon campus, comme si j’étais là depuis des siècles, au même titre que les juniors & seniors en t-shirts rouges qui sillonnent les rues pour aider les nouveaux. Certains parents m’ont même demandé leur chemin (!). J’étais pas peu fière (même si, bon, ok, je n’ai pas été souvent capables de les renseigner).

D’immondes sandwiches / chips ont remplacé notre habituel lunch chaud et varié à l’Usdan, le centre des étudiants. Les ricains débarquent, pas question de les dépayser… Non, non, je blague. Ce soir nos deux colocataires espagnols nous rejoignent dans notre maison jaune, j’ai hâte de les rencontrer. Je continue de prier pour que la dernière chambre reste vide et que je puisse la prendre, mais sans grand espoir.

La page ISO est donc définitivement tournée. Achevée en beauté par une photo de tous ces visages souriants, baignés du soleil rouge de la fin de journée, chantant avec hargne l’hymne de Wesleyan :

« And then it’s fight for old Wesleyan, never give in.

Fight to the end when might and right shall win.

So keep on fighting ’til victory crowns everyone;

And then it’s fight, fight, fight, fight for Wesleyan!

GO WES!!!!!!!!!!!!!!!!!! »

(Ci-dessus : ma maison)

First day at Wes

Oh my God, this is it, j’y suis – Wesleyan University.

La seconde journée à New-York est aussi riche que la première. Réveillée de bonne heure par le soleil et la chaleur de l’appartement de la 83ème rue, je bois mon premier café américain avec les Caillet – léger, mais buvable (!) – dans un petit café où trônent, derrière une vitrine de verre, des dizaines de sublimes gâteaux de toutes les couleurs.

Le rdv est fixé avec les filles à Central Park où je suis assaillie par les odeurs, les couleurs, les bruits. Les marchands ambulants s’entassent à chaque coin de rue : pretzels, American hot-dogs, cupcakes et biscuits de toute sorte, glaces, smoothies et healthy food, New-York est la ville de la diversité (et de la bouffe, on l’aura compris). Ici les écureuils sont aussi peu farouches que les pigeons de la gare de Lyon, et tellement plus mignons ! Ils viennent presque manger vos miettes… La journée se passe en déambulations dans l’incompréhensible métro de New-York, en flâneries dans les rues à n’en plus finir, la bouche béate d’admiration et de curiosité pour tout ce qui nous entoure. A la fin de la journée, les couchsurfers nous invitent dans leur appartement de Brooklyn ; ni une ni deux un repas français s’improvise, que l’on partage avec bonheur sur leur canapé (à propos, j’hallucine toujours de la génialité de ce site – comment se créer en deux minutes une super bande de pote dans n’importe quel coin du globe). Ils sont drôles, ils sont sympas, ils sont généreux : ils sont américains. Leur appartement possède l’immense avantage d’un roof top, un coin de toit qui donne directement sur les lumières de Brooklyn. Le pied absolu.

Évidemment, il fallait que je me perde dans le métro, sinon ça n’aurait pas été marrant. Donc je me suis perdue en rentrant. Je vous passe les détails des attentes interminables de la bonne ligne qui ne vient jamais ou qui n’est finalement pas la bonne ligne ou qui ne s’arrête pas ou vous voulez qu’elle s’arrête ni ou elle est supposée s’arrêter. Je ne vous raconte pas non plus comment j’ai du coup passé une demi heure à papoter avec un américain qui est spontanément venu m’aider en voyant ma tronche dépitée, qui a changé son itinéraire juste pour être sur que je trouverais la bonne ligne et que je descendrais à la bonne station, qui m’a indiqué un excellent resto juste à côté de mon université et m’a chanté les louanges de sa ville, le tout avec une bonne dose de bonne humeur, de gentillesse, et le sourire jusqu’aux oreilles.

I love American people.

Ce matin c’était the D-Day, le grand départ, la découverte de ma vraie nouvelle vie. Le train d’abord. Les énormes valises à porter à travers la ville. Le voyage entre New-York et New Haven, la traversée de tous ces petits bleds, tantôt friches industrielles miteuses, tantôt grandes étendues de verdure et maisonnettes sur les lacs. Les arbres à perte de vue. Les publicités tellement kitsch. La population du train qui se remplit d’obèses à mesure qu’on s’éloigne de la Big Apple. Mes yeux qui n’en peuvent plus de manger tout ce qu’il y a à voir.

Je retrouve Ali Shajrawi, l’étudiant avec qui je papote depuis quelques mois par mails interposés, à la gare de New Haven. Il m’emmène en voiture à Wesleyan. Mon anglais est moins lamentable que ces deux derniers jours, mais c’est encore pas la joie. Pourtant on arrive à pas mal parler, il est adorable et a toujours quelque chose de fun à raconter.

En arrivant sur le campus, ma première surprise provient de la taille de l’université. Ce n’est pas un campus à la française, où du moins ce que j’imagine être un campus à la française, j’entends avec murs et portes et enceintes et tout le toutim ; c’est une vraie ville à l’intérieur de Middletown. Il y a des rues, des maisons, c’est grand et très boisé. Il fait très chaud et je ne suis finalement pas mécontente de leurs insupportables obsessions avec l’air conditionné. Je marche donc vers le grand hall où Ali me présente la team de l’orientation – tous m’accueillent évidemment avec un immense sourire. Ce sont surtout des internationaux, tous prêts à aider, tous avides de te rencontrer. Ils me donnent les clés de ma maison et de ma chambre (210 Cross Street, un peu en dehors du campus, jolie maison jaune, à l’américaine, ma maison !). L’étudiante qui m’aide à porter mes bagages est minuscule et doit faire le poids de ma valise qu’elle traîne péniblement derrière elle, mais pas question que je l’aide, elle porte tout – et avec le sourire. Nouvelle surprise : ma maison n’a pas quatre, mais huit chambres. J’habiterai donc avec 4 garçons (Lucas le brésilien, Lars l’allemand, Silvio l’italo-allemand, et un pour l’instant inconnu) et 2 filles (Tatiana l’espagnole et une fille d’Europe de l’est pour l’instant inconnue). Ma chambre est la plus petite de la maison, mais elle est aussi tout au bout, derrière la cuisine, petite enclave protégée du bruit et de l’agitation. On a deux étages, deux salles de bain, une très chouette cuisine / salle à manger. Je jubile.

Nous avons ensuite rendez-vous pour une visite organisée par l’orientation. Je découvre tous les freshmen internationaux. Beaucoup d’asiatiques, surtout, mais des gens de partout, ça fourmille, les visages, les morphologies, les accents, tout le monde parle à tout le monde et tout le monde est content. Les premières conversations m’ouvrent les yeux sur les fossés idéologiques des différents pays, même si les gens sont globalement plus open-minded qu’ailleurs. Je constate que les asiat sont étonnement timides et préfèrent rester entre eux si on ne vient pas spontanément leur poser des questions, ils sont très polis, c’est même presque marrant de voir toutes les pincettes qu’ils prennent. J’ai gaffé une fois en essayant de taper la bise à un chinois. Je vous dis pas le traumatisme. Ici, on se contente d’un signe, à la limite d’une poignée de main pour les plus téméraires, d’un check pour les très-potes, et basta.

Les étudiants de l’orientation martèlent qu’à Wesleyan, on peut TOUT faire. Chacun d’entre nous est encouragé à transformer ses désirs en quelque chose de concret. L’épanouissement personnel et collectif, la sociabilité, l’esprit de groupe, rien n’est laissé au hasard. L’aperçu de la vie à Wes est plus que positif : il me donne envie de vivre, plus vite, plus fort, plus intensément que tout ce que j’ai jamais vécu.

Je m’endors dans ma petite chambre de Cross Street la tête pleine de rêves.

See you tomorrow.

La vingt-cinquième heure

Le 24 août 2012 fût la plus longue journée de ma vie. Elle s’est étendue sur 26h, entre 4h du matin heure française, heure où le fatidique réveil sonnait l’imminence du départ ; et minuit, heure new-yorkaise à laquelle mes yeux béats se sont enfin fermés. Entre ces deux horizons, j’ai volé plus de 9h30, porté plus de 35kg de bagages, écouté plus de 10h de musique, fait la queue plus de ? h (en tout cas, très longtemps) ; j’ai effleuré le sol de l’Islande, payé les flocons d’avoine et la salade la plus chère de ma vie ; j’ai traversé l’Océan Atlantique, atterri sur un continent inconnu (non sans sentir l’excitation monter à mesure que se rapprochait la baie de New-York), été coincée dans un taxi-bus pendant plus de deux heures à force air conditionné et napolitain pervers, erré hagarde dans les rues de New-York, parlé un anglais déplorable ; je me suis perdue dans le métro new-yorkais, j’ai découvert la folie de Times square, dévoré un énorme burger en compagnie de mes copines françaises, de deux américains, d’une anglaise et d’un finlandais, expérimenté la tristesse d’une vie de mineur aux États-Unis ; j’ai brûlé mes yeux, mes lèvres et mes narines à tout vouloir humer, voir et goûter.

N’ayant presque pas dormi de la nuit, le réveil matin n’a pas été une telle épreuve de force. Les quatre zombies Bordet ont fait route en zafira vers Roissy-CDG où ils sont arrivés vers 5h du matin. Alors que, jusqu’au moment café de la brioche dorée, je ne réalisais pas vraiment où j’étais ni, surtout, pourquoi j’y étais, les dernières étreintes sont lourdes en émotion. C’est la première fois que je quitte ma famille pour un si long séjour, et la séparation est brutale, même si je m’y suis psychologiquement préparée depuis des mois.

Vers 7h30, après avoir vu mes parents s’éloigner tandis que le tapis roulant m’emmenais vers le sas d’embarquement, j’ai pris place dans l’avion avec mes trois copines sciencepistes, Manon, Jodie et Héléna. Chacune d’entre nous a sa propre destination : si Héléna reste à New-York pour étudier un an à Columbia, Manon part à l’université Tufts de Boston et Jodie à Ottawa. Le voyage s’effectue sans heurt, 3h30 de vol pour arriver à notre première escale : Reykjavik, Islande. Le petit déj’ consiste en une informe bouillie grisâtre, seule nourriture du menu de l’avion qui me semble à peu près potable et surtout à peu près conforme à l’état de mes finances. Puis je termine (commence ?) ma nuit.

On arrive dans un ciel pluvieux, froid et gris. En Islande, les cheveux blonds font quasi partie de l’uniforme des agents de l’aéroport. Dans une ultime tentative d’acheter un déjeuner à moindre coût je me retrouve avec Jod dans une boutique duty free de l’aéroport où les prix ne sont affichés qu’en monnaie islandaise. J’achète donc à l’aveugle une malheureuse bouteille d’eau et un yaourt : cinq euros. Vive les aéroports.

Deuxième embarquement, the last one, 6h de vol entre Reykjavik et New-York. 6h assez pénibles pour les jambes, surtout à cause de la gamine à côté de moi qui passe le voyage à mater sur l’écran de son siège un gugus en plastique à perruque bleue se déplacer en faisant des acrobaties, des pompes et des adbos. Vers midi, enfin, la côte est en vue. Je suis très émue en apercevant, si bas, mes premiers paysages américains. Bonjour, l’autre bout du monde, me voilà. J’aurais tant aimé partager cette émotion avec vous, Papa, Maman, ratoune. Ma première surprise vient de la verdure : de nombreux espaces boisés jalonnent le paysage que j’aperçois par le hublot. New-York est verte avant d’être grise. Nous atterrissons, nul n’applaudis, nous sortons. Il est midi et des brouettes, et 18h à Paris.

Viennent ensuite les délectations administratives. Je fais l’expérience de la légendaire amabilité des agents de contrôle de l’aéroport JFK, no smile, no hi, just gimme your fucking passport. Il fait 10 degrés dans la pièce, 30 à l’extérieur. Nous apprenons par les écrans géants disséminés un peu partout dans la pièce qu’une fusillade vient d’avoir lieu tout près de l’Empire State Building : 2 morts, 9 blessés. Je suis trop décalquée pour suivre l’analyse de la journaliste, les copines transcrivent pour moi.

Je récupère mes bagages sans problème et nous nous séparons : Manon et Jod s’éloignent pour prendre le métro qui les emmènera à Brooklyn, chez le couchsurfer qui les héberge, tandis qu’Héléna et moi attendons un taxi pour le nord. Attendons. 30 min pour le réserver. 30 min pour qu’il arrive. Montons dans le taxi-mini bus où siège déjà une colombienne avec laquelle nous entamons la conversation. Le chauffeur est sympathique et parle avec un accent incompréhensible (on apprend ensuite qu’il est guinéen). Il fait des blagues auxquelles nous rions sans vraiment piger, mais qu’importe, on est à New-York, c’est fun. Ce que nous ignorons encore c’est que super-taxi s’arrête à chaque terminal pour récupérer des passagers, 15 min par arrêt environ. Nous serons finalement une dizaine de voyageurs à prendre place à bord, chacun de nationalité différente. A côté d’Héléna, un type essaye d’engager la conversation avec elle : il se prétend napolitain mais ne parle pas un mot d’italien et passe le voyage à tenter de se rapprocher subrepticement d’elle. Si vous pouviez imaginer sa tête. Mi-dégoûtée, mi-affolée. Trop drôle.

On traverse tout New-York et je voudrais avoir une paire d’yeux en rab pour tout enregistrer. J’ai l’étrange impression de déjà connaître cette ville, sans y avoir jamais mis les pieds. L’explication me vient en traversant Harlem : cette impression d’être dans un film. Les heures de cinoche que j’ai ingurgitées m’ont familiarisée avec ces immeubles de brique, ces rues à n’en plus finir, ces tronches si différentes de chez moi. Je jubile. Certains quartiers ont une ambiance un peu sud de l’Italie, avec les vieux qui parlent assis sur les escaliers des immeubles, les petites échoppes de nourriture cheap ou d’esthétique, les mamas qui parlent fort en tirant leur gosse par le bras… A cause de la fusillade, le centre est bouché, et je n’arrive dans la 83ème rue que deux heures plus tard, tour à tour en sueur à cause de la température extérieure et du poids des bagages, puis congelée par l’air conditionné du taxi et des intérieurs.

Après avoir posé mes bagages et m’être rafraichie, je m’apprête à rejoindre le point de rdv donné avec les filles, sur Times Square. Première constatation : les américains sont d’une étonnante gentillesse. Non seulement ils te renseignent avec précision et amabilité quand tu cherches ton chemin, mais ils viennent vers toi si tu as l’air paumé. Du délire. Ô parisien, prends la mesure de ton manque d’éducation.

Le métro à New-York, c’est folklo. Il y a des couleurs, des numéros, des lettres. La jungle. C’est un peu le sauna aussi : dans les couloirs on frise le 40°, tandis qu’à l’intérieur, la clim maintient la température à 15° max. Ça provoque de très intéressantes réactions physiques, mais je me suis surprise à esquisser un sourire en imaginant la 4 munie de la clim…

Comme je débarque à New-York avec AUCUNE connaissance sur la ville, à part ce que j’ai pu déduire de Gangs of New-York, j’imaginais que Times Square était, comme son nom l’indique, un square. Un truc à la jardin des Tuileries. Quelle n’est pas ma surprise d’arriver dans un immense boulevard, blindé de monde (essentiellement des touristes en mini short et t-shirt I love NY), encadré par d’IMMENSES buildings ornés de pubs IMMENSES et d’IMMENSES slogans illuminés et brillants. C’est la foule, le bruit, le bling bling. Les champs élysées, la classe en moins, le clinquant en plus.

Je croise tour à tour Mickey Mouse, Bob l’éponge, des indiens, des gens à poil, des faux nains. Je commence à m’interroger sur la santé mentale des américains mais un gigantesque écran me rassure : il ne s’agit que du concours de la personne la plus originale (à gagner : je sais plus combien de bouteilles de vodka). J’arpente le boulevard, complètement larguée, mon énorme sac me cisaille l’épaule, le soleil du début de soirée encore bien chaud tape sur ma tête. Tout est trop. Trop grand, trop gros, trop kitch, trop brillant, trop tout. J’ai l’impression d’être dans un parc d’attraction géant. Je n’arrive pas à prendre de photo correcte des buildings tant ils sont hauts.

Je fais bientôt la connaissance des couchsurfers de Manon et Jod, deux américains, une anglaise et un finlandais barjo, tous très sympas. Ils nous emmènent dans un resto à l’ambiance bistro, un peu trop bruyant, mais tellement fun. Et là, ô surprise. Comme on demande à être à l’extérieur, l’air conditionné étant branché au max, les serveurs nous emmènent sur une terrasse où ne trône qu’une seule table. Notre terrasse privée, la classe. Hyper cosy, avec fleurs, petits murets et encadrement de bois, pas de bruit : on est des rois. Et j’entame mon premier burger américain. Je verserais presque une larme.

De retour dans la rue, on se fait refouler à l’entrée d’un concert, minorité exige. Dommage. Alors on marche à nouveau vers le sud, Chinatown et Little Italy. Tout bouge, les magazins ne ferment jamais, les bars sont pleins à craquer, les enseignes brillent et les klaxons fonctionnent à plein régime. New-York, New-York. Je rentre en taxi jaune, mon compte en banque a fondu, j’ai des étoiles plein les yeux et du sommeil plein les pattes. Je m’endors vers minuit, un sourire de petite fille aux lèvres. Je vous l’annonce : c’est bon, vous avez gagné, je suis amoureuse.

23 août.

Août : derniers moments en famille, derniers petits déj’ dans le jardin de Villeberny, dernières balades, dernières soirées, derniers fou rires entre potes, dernières baguettes de pain (snif). Dur de quitter les siens, dur surtout de rester stoïque en quittant ceux pour qui les retrouvailles relèveront de l’hypothèse. Je les remets entre les mains de Dieu.

Faire sa valise pour un an est une épreuve de force. Je balance trois t-shirts, je vais faire un tour sur facebook. Je remets une paire de chaussettes, et hop, il faut aller changer de musique. Je pense vaguement aux pulls, et je me souviens qu’il y a un énième mail a renvoyer à Wesleyan, supposé partir le 15 juillet max. Bref, la valise ne sera prête que la veille du départ à minuit moins 2 (si on chipote pas sur les détails).

Après avoir sauté dessus trois fois pour pouvoir la fermer, chargé le coffre non sans mal, les Bordet font route vers Paris, avec force Shine a Light sur l’écran central pour se donner du peps. Ciao maison, ciao Couchey, ciao rassurant cocon, pensai-je en voyant s’éloigner mes deux bébés arbres tout feuillus. Je fais route vers un furtif retour à Paris et ma dernière nuit sur le sol français.

Demain sans faute, à l’heure où blanchit la campagne, je saluerai pour vous New-York la belle.